Il y a une phrase qui revient sans cesse sous mes vidéos, comme un refrain fatigué, dès lors qu'un chien mâle interagit avec l'une de mes chiennes spécialisées. Car non, un chien n'a absolument pas l'obligation d'avoir un « problème » pour croiser leur route ! Chaque semaine, lors de nos formations, nous accueillons des profils d'une diversité absolue. Des chiens dits « agressifs » ou réactifs, enfermés dans des schémas de défense. D'autres, profondément craintifs, fuyants, ou totalement dépourvus de confiance en eux. Mais aussi, et c'est fondamental, des chiens qui ne présentent aucun trouble comportemental, dont les humains viennent simplement chercher un enrichissement social pur, ou encore des chiots venus recevoir de bonnes « paroles de chien » pour bien démarrer dans la vie.

Face à cette diversité de profils et d'états émotionnels, la capacité d'intervention d'une chienne spécialisée est d'une finesse incomparable. Mais cette justesse canine ne prend tout son sens que parce qu'elle est couplée à une pédagogie humaine tout aussi exigeante. C'est cela, le véritable cœur de mon métier sur le terrain. Mon rôle n'est pas de distribuer trois astuces de conditionnement ou de régler un problème en surface pour faire le show. Mon rôle est d'éduquer le propriétaire, d'aller au fond de l'enseignement éthologique pour lui transmettre une lecture fine et systémique. Je lui donne les clés cognitives et émotionnelles pour qu'il puisse véritablement comprendre et éduquer son chien, afin d'évoluer sereinement en toute circonstance et dans n'importe quelle situation du quotidien.
Pourtant, face à cette justesse de tous les instants, face à ce travail d'équipe d'une rare complexité, la remarque tombe, inlassablement : « C'est normal, c'est parce que c'est une femelle ». Cette simple réflexion, balancée en quelques mots sur un clavier, efface à elle seule des années de lecture subtile, de pédagogie, de compétences acquises et d'intelligence sociale canine. Elle résume à merveille le gouffre qui existe encore aujourd'hui entre les vieilles croyances populaires et la réalité éthologique du terrain. J'ai décidé de prendre le temps de vous écrire aujourd'hui, non pas pour me justifier, car les milliers d'heures d'observation parlent d'elles-mêmes, mais pour remettre les choses à leur juste place. Accepter ce genre de raccourci réducteur, c'est refuser de voir la véritable puissance de la communication canine. C'est fermer les yeux sur la profondeur d'une approche holistique sans friandise, qui ne se résume pas à une mécanique conditionnée, mais qui exige un cerveau, de la rigueur, et surtout un cœur et un ressenti hors norme.
En éthologie pure, la notion fondamentale qui régit toute interaction est celle de la cause à effet. Lorsqu'un observateur conclut qu'une rencontre complexe s'apaise "parce que c'est une femelle", il annule tout simplement cette réalité scientifique pour se rassurer avec une idée préconçue. Il confond la biologie de base avec la compétence sociale. D'ailleurs, si le simple fait d'être une femelle suffisait à désamorcer un conflit, comment expliquer que nous voyons si régulièrement sur le terrain des chiens mâles s'en prendre violemment à des chiennes ? La galanterie canine n'existe pas. Si le chien d'en face, souvent en déficit de codage ou dépassé par son propre état émotionnel, finit par modifier son comportement et s'apaiser, ce n'est en aucun cas l'œuvre d'une quelconque magie hormonale basique. C'est le résultat direct et palpable d'une communication d'une précision chirurgicale.

Aujourd'hui, lorsque vous regardez Edeen œuvrer, vous observez le fruit d'une transmission extraordinaire. Elle déploie une lecture ultra-fine, forte de tout ce qu'elle a appris et intégré aux côtés de Dexie, dont elle perpétue l'immense héritage avec la même qualité d'âme. Elle gère la distance au millimètre, adapte ses postures à la fraction de seconde et émet les signaux exacts qu'exige l'instant T. Lors de ces interventions, elle fait preuve d'une neutralité absolue tout en dégageant une présence profondément maternelle, enveloppante et rassurante. C'est vrai, un chien mâle ne sera jamais une mère. Un mâle spécialisé utilisera d'autres qualités comportementales pour communiquer, comme sa propre sensibilité, sa sociabilité ou sa force tranquille. Mais l'énergie déployée sera animée par la même intelligence sociale. Réduire l'immense travail d'Edeen au simple fait anatomique d'être "une femelle", c'est insulter la profondeur de cette bienveillance maternelle et la justesse de ses compétences acquises. Les chiens ne se contentent pas de renifler un sexe, ils lisent des intentions, des états émotionnels et un niveau de compétence sociale.
Certains aiment d'ailleurs utiliser le terme froid et clinique de « chien régulateur » pour tenter de définir (et surtout de minimiser) ce travail. Il est grand temps d'éteindre ce mot une bonne fois pour toutes. Un régulateur est un terme issu du vocabulaire mécanique, une simple vanne de décompression. Une chienne comme Dexie ou Edeen ne « régule » pas des machines ; elle interagit avec le vivant selon ce que l'éthologie cognitive décrit comme de la co-régulation émotionnelle. Elle est une enseignante douée d'empathie, capable de susciter chez le chien en face d'elle un véritable ajustement émotionnel et comportemental. L'approche holistique permet un apprentissage par mimétisme social, infiniment plus bénéfique pour la plasticité cérébrale de l'animal. Un chien qui apprend au contact d'une chienne spécialisée développe de nouvelles connexions neuronales, gagnant en résilience et en autonomie. Utiliser le mot « régulateur », c'est avouer sa propre incapacité à comprendre la dimension cognitive et affective d'un animal.
GUN, 16 ans. Celle qui incarne et porte fièrement le nom de notre approche naturelle et holistique. La sagesse à l'état pur.
Face à une telle complexité du vivant, il est d'ailleurs révélateur d'observer comment le doute est volontairement instillé pour rabaisser ce qui dérange, attisant ensuite la véhémence de certains abonnés dans les commentaires. Cette agressivité aveugle prend souvent sa source chez ceux qui s'érigent en modèles mais qui manquent cruellement de probité intellectuelle.
Je pense notamment à ce fameux éducateur, très présent sur YouTube et s'adressant massivement au public français, bien qu'il ait choisi d'exercer son activité sous des cieux fiscalement plus cléments. Il y a plus de trois ans, lors d'une interview menée par un tiers, on lui a demandé ce qu'il pensait de la chienne spécialisée, de la « chienne thérapeute ». Au lieu de répondre naturellement, il a d'abord laissé s'installer un silence lourd. Un regard appuyé, presque théâtral, comme pour faire peser le malaise et décrédibiliser la question avant même de s'exprimer. Ce silence en disait déjà très long sur ses intentions. Face à cette interrogation qui visait directement le cœur de mon travail et de celui de Dexie, l'honnêteté intellectuelle la plus basique aurait voulu qu'il admette : « C'est un travail complexe, je ne connais pas cette chienne ni son histoire, je ne peux pas donner d'avis sans l'avoir vue œuvrer dans sa globalité. »
Mais au lieu de faire preuve de cette humilité honorable, il a préféré utiliser cette tribune pour semer le doute avec une condescendance calculée. Sur le plan purement humain, procéder de la sorte en dit long sur le véritable fond de cet individu. Jamais il n'a eu la décence de m'aviser, de me prévenir ou de proposer la moindre discussion préalable. Rien. C'est le niveau zéro du courage et de la confraternité. S'en prendre publiquement, par le biais d'insinuations sournoises, au travail d'une chienne qui était alors bien vivante et à l'apogée de ses compétences, est une ligne rouge franchie. Aujourd'hui qu'elle n'est plus de ce monde, cette offense à sa mémoire et à son héritage résonne de manière encore plus inacceptable. C'est un manque de respect humain et professionnel que je ne pardonnerai jamais.
Il a jugé Dexie, cette chienne unique au monde à qui je pense chaque jour, sans rien savoir d'elle. En l'étiquetant de ce fameux terme mécanique de « régulateur », pour balayer son titre de chienne thérapeute, il a donné du grain à moudre à ses suiveurs. Il ignorait qu'elle était celle qui a fondé l'histoire même de la chienne spécialisée. Celle qui, d'une intelligence inouïe, modifiait d'elle-même toute sa communication corporelle lorsqu'elle s'apercevait que le chien en face d'elle était sourd. Celle qui a toujours fait face à l'injustice et aux mauvaises intentions de certains congénères avec une bienveillance inébranlable et un altruisme pur. Croire que tout est impossible, c'est refuser de se remettre en question. Mais quand on sait lire un chien, l'impossible devient une évidence quotidienne sur le terrain.
On me demande parfois, en commentaire de mes vidéos, pourquoi je n'engage pas le débat avec lui ou pourquoi je ne lui réponds pas directement. Mais comment pourrais-je échanger avec une personne qui n'évolue absolument pas dans le même monde que moi ? Comment débattre avec quelqu'un qui ne montre jamais ce qu'est une véritable relation avec un chien, ni même avec son propre chien, dans la réalité du quotidien et en toute circonstance ? Nos valeurs et notre éthique sont diamétralement opposées. Si je refuse catégoriquement de faire des tutoriels, c'est précisément parce que je considère chaque chien comme un individu unique. On ne peut pas faire de généralités avec le vivant. La relation qui unit un humain à son chien est d'une puissance rare, elle se construit sur mesure, avec le cœur, et ne rentre dans aucune case préfabriquée.
Cet individu revendique à longueur de journée une éducation basée sur la mécanique, les accessoires, et n'hésite pas à administrer de violents coups de saccades sur la laisse, bien qu'il ait pris soin de supprimer certaines de ses propres vidéos compromettantes. C’est d’ailleurs cette même personne qui, dans sa panoplie de raccourcis illusoires, n'hésite pas à utiliser une bouteille d'eau pour projeter un jet soudain au visage d'un chien afin de stopper net un comportement. Et pour justifier ce manque de respect absolu, la justification est toujours la même : « ce n'est que de l'eau, ça ne fait pas mal, c'est comme la pluie ». Oser comparer une intempérie naturelle à une punition infligée par l'humain est d'une pauvreté intellectuelle affligeante. Un jet d'eau balancé par surprise en plein visage par la personne en qui le chien est censé avoir confiance, c'est une trahison. C'est une agression sournoise qui mise sur la crainte. Cela n'apprend rien au chien, cela ne résout en rien la cause profonde de son mal-être. Quand on en est réduit à asperger un chien pour se faire écouter, c'est que l'on a tragiquement échoué à instaurer un dialogue.
Et puisque certains de ces donneurs de leçons aiment tant se cacher derrière de grandes théories, parlons de science. Pourquoi occultent-ils systématiquement les études scientifiques et éthologiques prouvant que l'usage constant de la friandise altère la relation ? Les neurosciences montrent clairement que le conditionnement permanent par la nourriture altère la motivation intrinsèque du chien (l'envie d'interagir pour le lien social) au profit d'une motivation purement extrinsèque. Cela crée un circuit de récompense dopaminergique centré sur l'attente de la récompense alimentaire, transformant la relation en une transaction mécanique. Le chien finit par se comporter comme un robot qui n'obéit plus que par intérêt, ce qui bloque la libération naturelle d'ocytocine, la véritable hormone de l'attachement. Cela fausse totalement la confiance mutuelle et la véritable connexion sociale. Le cœur et l'attention d'un chien ne s'achètent pas avec un bout de saucisse ou des coups d'eau.
Pour comprendre définitivement le décalage abyssal qui nous sépare, il suffit d'une simple anecdote. Récemment, un élève instructeur en formation dans ma structure m'a montré l'une de ses vidéos. On y voit ce soi-disant expert, accroupi à quatre pattes, gesticulant face à un Berger Blanc Suisse, expliquant le plus sérieusement du monde qu'il « fait le chien » pour montrer à l'animal qu'il pourrait être des leurs. La mascarade est totale. Se retrouver face à un tel niveau d'anthropomorphisme et de ridicule absolu, pour ensuite s'entendre donner des leçons condescendantes sur des lectures éthologiques d'une précision chirurgicale, résume parfaitement le naufrage d'une certaine éducation canine moderne. Personnellement, je préfère largement laisser ma chienne faire le chien, avec toute l'intelligence sociale qui la caractérise, plutôt que de me rabaisser, en tant qu'humain, à singer des postures grotesques. À chacun sa place, et à chacun son expertise. L'humain guide, le chien communique.
Aujourd'hui, si je prends le temps de vous écrire, ce n'est pas par esprit de confrontation, mais pour réaffirmer la ligne de conduite que je maintiens depuis mes tout débuts. Cette stabilité est restée totalement inchangée au fil des années : je veux considérer le chien pour ce qu'il est réellement et lui redonner sa juste place dans notre société. La nature complexe du chien est tragiquement sous-estimée aujourd'hui. L'animal est déconsidéré par des mythes tenaces qui détruisent la véritable lecture canine et qui, surtout, empêchent de mettre le doigt sur la vraie problématique de fond. C'est cette incompréhension mécanique qui conduit, inévitablement, aux abandons massifs que nous connaissons chaque année. Je vous dois cette transparence, à vous qui êtes désormais plus d'un demi-million à suivre et à soutenir ce travail quotidien. Vous avez l'œil, vous savez reconnaître la vérité du terrain, loin des paillettes et des méthodes d'intimidation. L'approche holistique n'est pas une simple méthode, c'est ce profond respect du vivant, libéré de toute mécanique de corruption ou de contrainte.
L'héritage de Dexie est immense. Il ne s'est jamais éteint. Il continue de vivre chaque jour à travers Edeen, et à travers tous les chiens en difficulté que nous rencontrons sur le terrain. Ne laissons plus jamais personne réduire l'intelligence d'un chien à son sexe, ni son éducation à une mécanique de récompenses ou de contraintes. Le chien mérite infiniment mieux que ces raccourcis. Observer réellement un chien, apprendre à lire son langage, comprendre la profondeur de son intelligence et respecter sa nature, c'est accepter de remettre en question tout ce que l'on croyait savoir. Et c'est précisément à cet endroit que commence la véritable relation. Pas dans la domination. Pas dans la corruption. Pas dans le spectacle. Mais dans la compréhension. Merci à ceux qui prennent le temps d'ouvrir les yeux, d'observer avec lucidité et de participer à cette évolution nécessaire dans notre manière de comprendre le chien.
Joseph, avec Gun, Edeen, Gunny... et en mémoire de ma belle Dexie, partie trop tôt.

En hommage éternel à ma belle Dexie, partie trop tôt.
Première chienne thérapeute de France, dont l'héritage a fait le tour du monde : plus de 40 millions de vues sur les réseaux et des vidéos massivement partagées à l'international.
